/
LE CONTEXTE

FR / EN

/ TOUTE LECTURE D’UN PAYSAGE OU D’UN SITE EST CONSTRUIT HISTORIQUEMENT, SOCIALEMENT ET EST INDISSOCIABLE DE LA PERSONNE QUI LE REGARDE.

Les Veilleurs : Une performance à l’échelle d’une année et d’un espace urbain

Les Veilleurs s’inscrit dans cette lignée de Made in… Séries, chorégraphie de Joanne Leighton, (re)créée in situ pour 5 danseurs et 99 participants, et propose d’élargir l’échelle de la performance, à la fois dans la durée – un an – et dans l’espace.

La création ne se fait plus à l’échelle d’une esplanade, d’un musée, mais d’une ville entière. Joanne Leighton considère les déplacements que cette performance suscitent chaque matin au lever du soleil, chaque soir au coucher, à la fois comme un rituel et aussi comme une chorégraphie, selon un rythme bien défini, répétitif et suivant des variantes : le veilleur rejoint un accompagnateur en un point de rendez-vous précis, ils gravissent le lieu où se situe l’objet- abri et pendant une heure durant, le veilleur et l’accompagnateur sont en position de veille. Après une séance photographique, un temps de recueil des impressions du veilleur, les corps redescendent, rejoignent leur travail, leur domicile, leur école, dessinant ainsi un mouvement dans la ville.

Un rite, un rapport au sacré

La répétition des mêmes mouvements, solitaires, d’un individu unique, présent dans une démarche personnelle, voire intime, appartenant à cette chaîne humaine, créant du collectif, avec l’appartenance au groupe qui en découle, n’est pas sans évoquer le rite. Le veilleur appartient à une communauté de gens qu’il n’a jamais croisés mais l’écho, la rumeur installée dans la ville ont suscité en lui un sentiment d’appartenance à un groupe.

L’aléatoire du temps

Comme évoqué plus haut, plusieurs aspects de la performance sont maîtrisés, choisis par la chorégraphe, encadrés autant que possible par le personnel dédié au projet voire par les accompagnateurs, personnes bénévoles indispensables qui sont chargées d’accompagner matin et soir le veilleur : le travail avec le veilleur sur la notion de présence et sur le regard mené au cours de l’atelier préparatoire, la lumière faisant ressortir la silhouette du veilleur, l’objet-abri dessiné par le designer et scénographe Benjamin Tovo, les horaires précis, la durée précise… L’aléatoire tient pourtant une place centrale, assumée et désirée, dans cette performance : les sons naturels (vent sur l’exosquelette de l’objet-abri) ou produits par la ville, les lumières naturelles mais aussi les conditions climatiques…etc.

/ ENTRETIEN AVEC JOANNE LEIGHTON

Où est la danse ? Dans cette performance, il est question d’observation, de présence, mais aussi d’une forme de danse. L’artiste nous explique.

Quel lien entre le projet Les Veilleurs et une chorégraphie ?

Ce projet, je l’ai présenté au Centre chorégraphique national de Belfort, au moment où je posais ma candidature pour en prendre la direction. J’ai pensé à plusieurs choses : comment donner aux gens la possibilité de jouer un rôle dans un centre chorégraphique ? Comment désacraliser la danse ?

Où est la chorégraphie ?

La performance est une chorégraphie qui s’organise sur un long terme. Il y a ce mouvement, deux fois par jour, de quelqu’un qui monte et qui descend de cette grande tour. Il y a un travail préparatoire, aussi : l’atelier. Il y a un décor et une scénographie : l’objet-abri. L’abri fonctionne comme un cadre de scène. Comme il est illuminé, on voit clairement le veilleur depuis la ville. Tout cela constitue des actions préméditées et chorégraphiées, exactement comme dans une représentation.

Le veilleur se donne en spectacle ?

Pour le veilleur, il ne s’agit pas de danser dans l’objet-abri avec des écouteurs sur les oreilles. Il s’agit d’un autre type de danse. Être là, tout simplement. Dans l’objet-abri, on est debout. On tient une présence sur la ville. On projette son corps dans un décor, comme si on essayait de l’imprimer dans l’espace. C’est la même chose quand on joue sur scène : on joue pour quelqu’un. Le veilleur regarde et il est vu. Je n’ai jamais précisé qui est le veilleur, qui est le spectateur. En danse, tenir une présence est capital. Je dis souvent aux danseurs que c’est leur intention, ce qu’ils ressentent au moment où ils dansent, qui va rendre leur acte chorégraphique visible ou pas.

/
Propos recueillis par Audrey Guiller pour Les Tombées de la Nuit, Rennes